C'est avec le 37ème Régiment d'Infanterie, où il est affecté le 1er janvier 1944 qu'ARMAND connaîtra la débâcle puis subira la capture. Le régiment, au sein de la 6ème Division d'Infanterie, s'est installé en janvier en défensive au sud de SLOBIN, après les difficiles combats de l'opération "ZITADELLE" dans la région de KURSK et le recul jusqu'à GOMEL . Il garde cette tête de pont jusqu'au début juin. C'est ensuite l'opération BAGRATION, puis les combats retardateurs jusque sur les rives de la BEREZINA. Et ensuite la fin, avec l'encerclement dans la poche de BOBRUISK...
ARMAND ne donne que peu de précisions sur les circonstances précises de sa capture. Il s'en souvient bien, mais rechigne à raconter plus précisément les jours difficiles où, encerclés par les Russes, ses camarades et lui se terrent dans des marécages humides et infestés, sans ravitaillement, sans endroit sec pour pouvoir se reposer, harcelés en permanence par l'ennemi, obligés à contraindre par la force les paysans russes à leur donner quelque nourriture.
Avec sa section, ARMAND doit tenir une position sur la rive ouest du DRUT,qui doit servir de ligne d'arrêt. On creuse des trous individuels, on construit des petits fortins. Avec son camarade tireur au fusil-mitrailleur, ARMAND doit mettre en place une position d'appui: ils s'installent sur une des piles d'un pont détruit sur le fleuve. Pour garder un élément d'alerte, le régiment a laissé une tête de pont sur l'autre rive du fleuve. La pile est isolée dans l'eau ; on y installe des sacs de sable, on y apporte le ravitaillement par une navette de barques. Et on attend l'assaut... Mais bientôt une brusque montée des eaux menace de noyer la pièce, et il faut évacuer la position en vitesse.
Très vite, son unité se trouve disloquée, et les restes de sa compagnie essayent d'échapper à la capture par les Russes qui viennent de franchir le DNIEPR et de couper les lignes du 37 à hauteur de TELUSHA, à mi-route entre BOBRUISK et SLOBIN. Jusqu'au début du mois de juillet, ils errent entre les rives des deux fleuves, cherchant à échapper à l'ennemi qui ratisse le terrain, à le recherche des éléments allemands dispersés. Ils sont dirigés par un Feldwebel qui ne sait trop que faire, et qui malgré la petite boussole qu'il possède, ne sait quelle direction prendre. Le plus difficile est de trouver de la nourriture. Lorsqu'ils découvrent une isba ou un hameau, ils en approchent avec mille précautions, et mendient quelques aliments, du pain, du lait, aux paysans russes. Lorsque ceux-ci refusent, les soldats affamés emploient la force. Un soir cependant, la chance sourit : ils tombent sur les carcasses abandonnées d'un convoi bombardé. Dans les carcasses incendiées, ils découvrent quelques vivres, et des bouteilles de Cointreau français, qui sont vite partagées entre tous. ARMAND découvre aussi un fût rempli de mélasse sucrée. Sans récipient pour en prélever, il en fourre plusieurs poignées dans une poche de sa musette...
Un convoi de véhicules bombardés
pendant |
Après quelques jours d'errance, et des nuits presque blanches pendant lesquelles on essaye de dormir sur le sol marécageux, opposés sur la direction à suivre, les encerclés se divisent. Les uns veulent rester avec le Feldwebel, les autres se rallient à un ancien, un simple caporal-chef dont l'expérience de la Russie semble meilleure que celle du sous-officier, et qui décide de tenter sa chance dans une autre direction. ARMAND choisit de suivre le caporal-chef. Ils sont encore à neuf.
Un jour, - on est le 4 juillet - la petite troupe s'arrête quelques instants pour se reposer dans une petite clairière couverte de mousse, sous de grands arbres. La lassitude, le découragement pèsent sur chacun. Le caporal-chef épuisé s'adosse contre un tronc d'arbre, repousse son casque en arrière. Un coup de feu claque : il s'écroule, tué d'une balle en plein front...
Aussitôt des Russes
apparaissent de partout, sans qu'on les ait vus approcher. La résistance
est inutile, et les survivants se rendent. Les Russes les désarment violemment,
et distribuent quelques coups de poing et de crosses. Parmi eux, de nombreuses
femmes, plus violentes que les hommes. ARMAND prend plusieurs coups dans la
figure, et se retrouve avec la lèvre tuméfiée. Pendant
plusieurs heures, ils sont soumis aux sévices et aux hurlements des Russes.
C'est l'incertitude: vont-ils être abattus à la sauvette? Ils sont
dépouillés de leurs équipements et principalement de leurs
bottes ou chaussures qui équipent aussitôt les soldats russes;
leurs poches sont vidées, leurs malheureux trésors sont volés,
montres, stylos, couteaux, gourde etc... ARMAND perd ainsi son portefeuille
et son Soldbuch, dans lequel il gardait des photos de sa famille.
Les Russes sont tellement intéressés par les quelques objets de valeur qu'ils oublient de débarrasser ARMAND de ses cartouchières. Quelque temps plus tard, s'apercevant de cet oubli, un soldat réclame à ARMAND : "kartouchi, kartouchi!". ARMAND, les bras en l'air, fait un signe de tête pour indiquer qu'il ne comprend pas, et se retrouve avec un coup de crosse dans la figure...
Enfin, aux cris de "Dawaï,
dawaï": vite, vite, on les fait avancer vers l'arrière de la
ligne de front, où ils rejoignent bientôt d'autres prisonniers
allemands.
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ARMAND est fait prisonnier le 4 juillet 1944, à proximité de la petite ville de SLOBIN, à environ 50 kilomètres au sud-est de BOBRUISK.
Soldats allemands venant d'être capturés
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Après quelque temps,
plusieurs groupes de prisonniers sont regroupés, puis acheminés
à pied vers des zones de regroupement, où ils se retrouvent de
plus en plus nombreux. Puis la foule disparate et pitoyable des prisonniers,
qui grossit de plus en plus, est mise en route. C'est le début d'un long
trajet vers MOSCOU, à 450 kilomètres au nord-est, en suivant l'autoroute
MINSK-MOSCOU... La longue marche dure dix jours, pieds nus, sans chaussettes,
ni "Fusslumpen
":
25 à 40 kilomètres par jour, avec les pieds en sang, la faim et
la soif qui les tenaillent. ARMAND suce les coutures de sa musette, pour en
extraire les dernières gouttes de la mélasse, depuis longtemps
épuisée... En queue de colonne, les Russes achèvent les
malades et les traînards qui n'arrivent pas à suivre. Plusieurs
fois, la cohorte misérable piétine des cadavres écrasés
dans la boue : ceux qui, tombés à terre en avant du convoi,
n'ont pas pu se relever, et qui ont été écrasés
par les véhicules et les milliers de pieds des prisonniers. ARMAND dira
plus tard que "c'était comme les hérissons écrasés
et à moitié desséchés sur une route", sauf
que c'étaient des êtres humains...
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Une colonne
de prisonniers allemands, |
Enfin, c'est l'embarquement dans un train de marchandises pour trois jours encore. Que se passe t'il dans la tête de tous ces malheureux qui voient le monde s'écrouler autour d'eux?
A l'arrivée dans une grande ville, ils apprennent qu'ils sont à MOSCOU. Que viennent-ils faire là? Les Russes entassent dans un grand stade des milliers de prisonniers; il en arrive tous les jours d'avantage. Ils doivent se tenir uniquement sur la piste, recouverte de cendres et de scories; interdiction formelle de se tenir sur la pelouse. Il fait chaud et beau. Chaque prisonnier reçoit une boîte de conserve vide, ainsi qu'une cuiller en bois; certains reçoivent des espadrilles ou des chaussons en caoutchouc. Des cuisines roulantes sont installées autour de la piste; des prisonniers allemands en tenue blanche servent des soupes de concentré provenant de rations américaines, et des boules de pain encore chaud. Après les privations des derniers jours, c'est un vrai régal! Mais très vite, les estomacs et les intestins qui ne sont plus habitués à ce régime se révoltent; les premières dysenteries se déclarent.
Le 17 juillet 1944, au matin, un grand remue-ménage se produit: très tôt, les gardes rassemblent les prisonniers par colonnes de 50 prisonniers sur 20 de front (soit mille prisonniers par peloton!). Il y a là des uniformes de toutes sortes: artilleurs, fantassins, pionniers, aviateurs, pêle-mêle.
Les Russes vont ainsi faire
défiler dans les rues pour ce que les Allemands appelleront par dérision
un "triomphe négatif", un immense cortège de 57.000
prisonniers, avec à leur tête plus d'une centaine d'officiers généraux.
ARMAND se souvient très précisément de ce défilé
pitoyable de milliers de misérables en guenilles, au visage complètement
noirci par la poussière de charbon
,
leur boîte de conserve à la main, vêtus de restes d'uniformes
de toutes sortes, certains les pieds chaussés de mocassins de caoutchouc
ou de chiffons. Derrière eux, les camions-pompes de la ville passent
la rue au jet d'eau pour nettoyer la merde qui jonche les rues: nombreux sont
ceux dans la cohorte qui torturés par la diarrhée doivent s'accroupir
brusquement, et baisser le pantalon; soutenus aux coudes par leurs compagnons
qui les traînent, ils se vident dans de violentes coliques, au milieu
des coups de la foule qui hurle et jette des pierres sur ceux que la propagande
soviétique appelle la vermine
... Sur l'estrade, les autorités admirent
la débâcle allemande; parmi elles, on reconnaît des généraux
français en képi, qui ignorent -ou veulent ignorer- que dans la
masse des prisonniers se trouvent des Français!
Il existe un enregistrement
filmé de ce défilé, qui a servi d'élément
de propagande soviétique. On y voit ces milliers de prisonniers qui ne
semblent pas encore tout à faits conscients du sort qui les attend. Pourrons-nous
peut-être reconnaître parmi ces visages hagards, maigres, mal rasés,
celui d'ARMAND
?
Le
défilé humiliant de la "vermine" |
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Archives fimées de la marche de Moscou: |
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